Conversation faite dans le cadre de l'exposition ' friser le ridicule',  galerie Alchimia, festival ONE+ONE, Dijon, 30 Juin -18 juillet 2016

 

One+One: Tu es une artiste autodidacte, à quand remontent tes premiers collages?

Divine Enfant: Au début de mon adolescence, j’ai eu une abondante correspondance écrite avec un ami et aussi des jeunes filles du monde entier. Ma première approche du collage est née comme ça, spontanément avec le mail-art, à travers la création et l’envoi d’enveloppes et de messages improbables.

Puis plus tard, avec l’ arrivée des photocopieuses libres, j’ai crée une frénétique collection personnelle de fanzines délirants en duo avec un artiste des Beaux-Arts, mon compagnon à l’époque. On stockait chez nous des montagnes de magazines récupérés dans la rue, de tout style et d’ époque. Ca a été une période très formatrice, libératrice, avec aussi l’appui d’une bonne culture en Histoire de l’Art que j’ étudiais à l’Université.

Depuis j’ai toujours fait des collages, même si depuis quelques années, j’ai plutôt choisi la forme numérique, par défaut d’espace pour le moment. 

 

Qu'est ce qui t'as amenée à privilégier cette technique?

Je suis une artiste visuelle, qui a besoin de s’exprimer par la photographie, la video et le collage. Ces trois formes sont très complémentaires, elles me permettent d’affiner progressivement des idées et elles forment une recherche qui va dans la même direction. Ces trois techniques sont comme des surfaces où on se projette.

En ce qui concerne le collage, il m’a apprise à me libérer des contraintes du réel - qui ne m’a jamais totalement convaincue en vérité et des structures classiques de la photographie. On peut vraiment tout faire et recréer un nouveau monde dans le Monde avec juste quelques images. à portée de main. Les combinaisons sont infinies. 

Du fait de son extrême liberté dans la manipulation et de la spontanéité des résultats, le collage nous fait travailler avec et sur notre inconscient. Il y a toujours une phase de chaos à traverser au départ, surtout quand on débute. Ensuite, avec le temps, il faut comme laisser faire l’improvisation, se laisser guider et de belles surprises surgissent - idem en musique. C’est fascinant.

On se rapproche un peu de la pratique du rêve éveillé, avec toute la richesse des symboles, quand on y devient sensible. Une dimension possible hors notre espace-temps. Alejandro Jodorowski et beaucoup d’autres ont très bien parlé de ça. C’est quelque chose aussi très perceptif aujourd’hui dans le cinéma et la musique concrète par exemple.

Le collage a aussi cette qualité simple de pouvoir s’adresser à tous, et à tout âge.  Aussi, le fait que notre culture soit dominée par l’image et en ne s’offrant pas à une lecture totalement rationnelle, elle stimule l’imaginaire et notre mémoire. Le sens de l’humour aussi.

 

Peut-on dire que tes collages s'inscrivent dans une filiation surréaliste teintée de psychédélisme?

Peut-être ‘psychique’ ? un jeu de correspondances entre la réalité et la psyché.

Oui biensûr, il y a eu le Cubisme, le Surréalisme, le Psychédélisme, etc avant nous, qui ont permis de retrouver nos potentiels créatifs, de renouer avec l’invisible, au non-dit, au jeu du macrocosme et du microcosme, au voyage dans le temps, au plaisir de l’esprit à explorer nos limites de perception.

En même temps ce jeu d’improvisation nous ramène toujours à qui nous sommes finalement mais avec un regard beaucoup plus ouvert et réceptif à l’inconnu.   

 

 

Les jolies filles, pin-ups sont omniprésentes dans la dernière série; que nous racontent-elles du féminin? Comment interpréter la charge d'érotisme qu'elles véhiculent?

Je suis bien obligée d’avouer que je fais partie de mon époque. Malgré le fait que nous sommes structurés par une société patriarcale violente et désaxée, nous sommes constamment assaillis d’images et d’objets féminins, de plus en plus esthétiques mais terriblement superficiels. Tout reste à une lecture extérieure sans vraie profondeur. 

J’utilise donc aussi de jolies filles pour leur beauté, leurs charmes pour séduire sans aucun doute, mais aussi les faire messagères d’autre chose. La beauté ne peut pas être réduite à un irrésistible appât pour le commerce .

Les actrices de X, elles-même le déplorent,  il faudrait comme exorciser la mort, la sexualité humaine sans âme, de sa fixe noirceur et de son ignorance, pour redécouvrir une autre rive. On a beaucoup perdu à ce simple niveau en tant qu’ espèce. 

J’ai toujours perçu le Désir comme une des formes d’abondance du Vivant. Quand on observe dans la nature, la sexualité des fleurs, des animaux, toutes ces stratégies séductrices incroyables crées par la vie même et pour sa continuité, c’est plutôt extraordinaire. Eros est une énergie primordiale fondamentale équivalente en puissance à Thanatos, la destruction; au positif, il nous verticalise et nous offre un feu incroyable qui nous inspire à nous dépasser.  Mais c’est une puissance qui a été brisée par tellement de codes moraux et immoraux que l’on en a perdu notre latin et qu’on ne maitrise plus du tout. C’est aussi vrai pour tellement d’autres choses.

Sans doute que le féminin est-il resté, par essence, plus proche du Monde (rien à voir avec le féminisme). C’est encore une chance.

Les collages que je crée sont des propositions; je ne fais que transmettre.

Pour l’interprétation, c’est à celui qui regarde de la faire. Chacun peut les lire comme il l’entend. Chaque niveau de lecture apporte son sens, du plus premier au plus spirituel, comme pour le principe de l' échelle.

Aussi, en dépit du tragique de notre époque, j’ essaie de toujours trouver une place pour l’humour et un regard lumineux.

27 Juin 2016.

One + One: You're a self-taught artist, can you date back at your first collages?

 

Divine Enfant: In my early teens, I had an abundant written correspondence with a friend and girls worldwide. My first approach of the collage was born like that, spontaneously with mail-art, through the creation and sending of envelopes and improbable messages.

Then later, with the arrival of free photocopiers, I created a frenzied personal collection of fanzines delirious in duet with an artist of Fine Arts, my partner at the time. We stored at home mountains of magazines recovered in the street, of any style and period. It was a very formative, liberating period, also with the support of a good culture in Art History that I was studying at the University.

Since I always made collages, although in recent years I have rather chosen the digital form, by default of space currently.

 

 

What have you brought to prefer this technique?

 

I am a visual artist who needs to express myself through photography, video and collage. These three forms are very complementary, they allow me to gradually refine ideas and form a search that goes in the same direction. These three techniques are like surfaces where one can project oneself.

Regarding the bonding, it taught me to free myself from the constraints of reality - that I was never totally convinced ,in truth and the classic structures of photography. You really can do everything and recreate a new world in the World with just a few images. The combinations are endless.

Because of its extreme freedom in handling and spontaneity results, collage works with and on our unconscious. There is always a chaos phase to cross the start, especially when you are beginner. Then, with time, we must let improvisation doing, to let be guided and surprises arise - same in music. It's fascinating.

It is a little closer to the practice of ‘lucid dream’, with all the richness of symbols, when we become sensitive about. A possible dimension outside our space-time. Alejandro Jodorowsky and many others have spoken very well of it. This is something also very perceptive today in some movies and concrete music for example.

The bonding also has the simple quality of being able to speak to all and at any age. Also, the fact that our culture is dominated by images and by not providing a totally rational reading, it stimulates the imagination and memory. The sense of humor too.

 

 

Can we say that your collages are part tinged of surreal psychedelia parentage?

 

Perhaps ‘psychic’? a connection game between reality and the psyche.

Yes of course, there was Cubism, Surrealism, Psychedelic, etc before us, that helped find our creative potential, to reconnect with the invisible, the unspoken, the game of macrocosm and microcosm, the time travel, the pleasure of the mind to explore our limits of perception.

At the same time this improv game always brings us back to who we are but now, with a much more open mind and receptive eyes to the unknown.

 

 

Pretty girls, pinups are ubiquitous in the last series; what do they tell us about the women? How to interpret the erotic charge they carry?

 

I have to confess that I am part of my time. Despite the fact that we are structured by a violent and skewed patriarchal society, we are constantly bombarded with images and feminine objects, more and more aesthetic but terribly superficial. Everything remains to an outdoor reading without real depth.

So I also used to pretty girls for their beauty, their charms to seduce undoubtedly, but also I change them to be the messengers to something else. The beauty can not be reduced to an irresistible bait for trade.

Like the actresses of X, themself even deplore it,  it would be time to exorcise death, human sexuality soulless, its darkness and fixed ignorance  to rediscover another bank. Much has been lost at this simple level for human specie.

I always perceived the desire as a form of abundance Life. When we observe in nature, sexuality of flowers and animals, all these amazing seductive strategies created by life itself and for its continuity, it is rather extraordinary. Eros is a fundamental primordial energy equivalent in power to Thanatos, the destruction; in positive, it verticalizes us and offers an incredible fire, inspires us for more. But it is a power that has been broken by so many moral and immoral codes that we lost our way and we are not master it at all. This is true for so many other things.

No doubt that female side has stayed, in essence, closer to the world (nothing to do with feminism). It's still a chance.

The collages that I create are proposals; I only convey. For the interpretation, it is the viewer who does it. Everyone can read them as it sees fit. Each reading level makes sense, from the first to the more spiritual, as to the principle of the scale.

Also, despite the tragedy of our time, I try to always find a place for humor and a bright vision.

 

June 27th, 2016.

pour le Bien Public

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